Témoignage : Adieu à St Cyr

Quelques extraits d’un courrier d’Adieu professionnel que nous avons reçu récemment (ainsi que la direction du CHS). Il s’agit d’un agent (dont nous préservons évidemment l’anonymat) qui relate les conditions précipitées de son départ à la retraite… Bien entendu la direction n’a pas jugé utile de communiquer sur cette nouvelle tache à son pseudo blason d’étincelante excellence. Aux mails humiliants (formation continue), aux manœuvres gestionnaires planquées (surfacturation), voilà que se rajoute une indifférence totale, voire complicité, à la maltraitance ordinaire du personnel, pour satisfaire aux exigences d’économies ? Rationalisation ? Efficience ? Voyage au pays poudre aux yeux de la prévention des RPS.

 

J’ai demandé ma retraite (anticipée) pour le 1er Janvier 2018, après plus de 40 ans de carrière pour le  même employeur, le Centre Hospitalier de SAINT CYR AU MONT D’OR… J’ai accompli ma tâche professionnelle durant toutes ces longues années avec le sentiment de donner le meilleur de moi-même, toute mon énergie, l’amour pour ma tâche car j’ai aimé mon travail… Personne ne me demandait de m’investir autant il est vrai, et si j’ai durant toute ma carrière pris très peu de maladie (sauf la dernière année où j’ai été arrêtée durant 7 mois mais pour cause, je m’en expliquerai plus loin) … je ne m’attendais pas à être traitée de la sorte en fin de carrière… En voulant imposer une façon de travailler, on met à mal les équipes mais aussi indirectement  les patients, c’est du moins mon point de vue mais aussi celui de certains de mes collègues (après maintes discussions entre nous), pour ne pas dire une grande partie. (L’agent évoque ici une réorganisation imposée et délétère de son poste de travail, que nous ne rapportons pas en détail, toujours par souci du respect de l’anonymat.)

 

… Les patients ont fait remonter à l’équipe durant ma longue absence (maladie pour dépression professionnelle réactionnelle dont j’ai été victime), ainsi qu’à moi-même (à mon retour) les difficultés qu’avaient engendrées mon absence… et qu’ils s’étaient alors sentis comme « abandonnés, trahis », … je me suis alors vue obligée d’en passer par la CGT pour faire entendre ma cause et mon point de vue…  notre chef de service a  réussi, par son entêtement, à me fragiliser et à faire que je décompense dans une dépression, même si je reconnais mes tords car je n’ai peut-être pas su m’adapter, il y a malgré tout la façon de faire, sans en passer par une forme de « violence psychologique » car j’ai très bien et très vite compris que soit je me pliais à ses exigences, soit je devais m’en aller…, ce que j’ai fait puisque je suis partie en retraite plus tôt (deux ans avant) au détriment d’une petite retraite.

 

 Mais je pense aussi que ces directives allaient dans le sens de l’administration… je suis consciente que mon salaire de fin de carrière coûtait sans doute cher à l’hôpital… et je ne me suis pas sentie soutenue dans ma requête auprès de l’administration de ST CYR lorsque je me suis adressée à eux durant mon arrêt maladie… Je ne me suis pas sentie soutenue non plus par l’équipe médicale et je me demande comment des psychiatres, qui n’ont pas plaidé ma cause et sont sensés soigner le mal être des patients, ne sont pas à même de comprendre et de remédier au mal être du personnel ?

 

Je pense intimement que si la fonction publique continue à fonctionner dans ce modèle de commandement et de direction, d’autres membres des équipes partiront encore… de plus, le personnel donnera par conséquence beaucoup moins de sa personne dans son investissement s’il se sent considéré de la sorte … à mon point de vue  la psychiatrie est en train de perdre la qualité de son travail, aussi bien dans l’ambiance des équipes, que dans la prestation rendue aux patients.

 

Plutôt que de créer des postes de psychologue du personnel… la Direction ne devrait-elle améliorer les conditions de travail et permettre aux équipes de mieux fonctionner, sans « autoritarisme arbitraire », en étant à leur écoute, et de par conséquence améliorer le travail dans les équipes et auprès du patient.

 

Conclusion :

Le but de ce mail est donc de sensibiliser l’administration et la hiérarchie aux problèmes actuels de son personnel…

Si j’ai été une victime collatérale dans ce nouveau système de direction, peu importe, car j’oublierai très vite ST CYR et mon passé professionnel afin de préserver ma santé psychique. Mais je tenais à soulever les problèmes, et à « dénoncer » ce qui ne va pas, les non sens et enfin pour finir, peut-être aussi à vider mon cœur et à me faire du bien.

Mais je tenais malgré tout à exprimer un grand MERCI à tous ceux qui m’ont soutenue dans mon dernier combat professionnel et qui se reconnaîtront que ce soit auprès de l’équipe infirmière, assistante sociale, psychologues, syndicat CGT.

Adieu à tous, au plaisir de ne plus travailler pour cette structure pour qui j’ai aimé travailler et que je quitte à la fois avec une tristesse en constatant ce qu’elle est devenue et une joie de ne plus en faire partie

 

Mots-Clés : #
Imprimer cet article Télécharger cet article