Pensée du jour : Ce que parler veut dire

Ce que parler veut dire ou … les chemins de l’enfer sont pavés de tout un joli tas de belles et bonnes intentions.

Voilà. C’est la « rentrée » pour ceux – celles qui comme moi conservent bien ancrée cette scansion des vacances scolaires. C’est septembre, on s’en revient de nos paysages de vacances pour ceux qui ont eu la  vraie chance de pouvoir partir.

On reprend les réunions, la démarche autour des RPS . Cette fois il s’agit de rentrer dans le concret, peaufiner et mettre en place des dispositifs et des  actions qui vont soutenir et permettre ce travail. C’est difficile, c’est imparfait, tout l’est bien sûr, mais c’est important. C’est… ça  devrait l’être en tout cas, une opportunité pour de la vie en plus. Celle qui se partage dans les mots du quotidien qui nous réunit. Ce quotidien qui parfois blesse, heurte, fatigue, décourage, parfois enthousiasme, déroute, angoisse, ennuie, fait rire, étonne, saisit, réjouit, allez-y, mettez –le votre mot à vous, celui du jour, celui qui tout tremblant en dira bien un petit quelque chose, un petit bout. Qu’on s’entende un peu. Enfin.

On a donc besoin d’encore travailler à la mise en forme concrète de différentes actions et de faire appel à…. A qui ?

S’ensuit un échange bien classique sur la nécessité de ne pas mettre en difficulté certains professionnels qui ne sont pas dans une culture ou une habitude de la parole. Qui pourraient même se retrouver en porte à faux  vis à vis de collègues qui renâcleraient devant  cette prétention à sortir du rang…

Ah oui. Ca existe… On l’a tous vécu. Tous fait. Sans doute s’est-on d’ailleurs tous plus ou moins retrouvés d’un côté… celui dont on dit… pour qui il se prend ??? Ou de l’autre : celui qui attaque un peu envieux… Celui qui dit…  en parlant du collègue : il ferait mieux de bosser au lieu d’aller glander en réunions.

C’est là que les chemins de l’enfer etc.… C’est là que le tout petit représentant syndical qui était présent reconnaît avoir carrément raté le coche. Il aurait dû dire, à ce moment là, que la parole appartient à tous, que chacun a le droit de parler de son travail et que d’ailleurs c’est toujours celui qui réalise le boulot qui est le mieux placé pour en raconter quelque chose. Il aurait dû dire que réserver la parole aux uns et d’emblée la récuser aux autres sous la fausse bonne intention de ne pas brusquer, de ne pas mettre en difficulté c’était aussi un moyen d’en entériner la confiscation. Il aurait dû dire que oui, c’est complexe et exigeant de parler de son travail. Il aurait pu ajouter également que c’est un enjeu et un vecteur premier de la prévention des RPS que d’accroitre cette capacité chez les uns et les autres de pouvoir dire et se dire ce que l’on y fait au boulot et ce que cela nous fait. Il aurait pu en appeler alors à Yves Clôt qui rappelle la nécessité de lutter contre le déficit sémiotique ou tout simplement… de s’enrichir de ce partage langagier qui permet de mettre en mots le travail, de l’explorer, lui construire alors avec d’autres de nouvelles voies, en explorer d’autres issues. S’en trouver individuellement et collectivement « agrandi » !

Il aurait dû dire qu’ailleurs… les recherches – actions en vue d’améliorer le travail, ça s’est conduit en interrogeant les ouvriers dans leurs ateliers.. (Renault)

Il aurait dû dire tout ça le petit représentant syndical mais il ne l’a pas fait et ça l’a troublé d’où ce petit billet, cet esprit un peu trop de l’escalier… Pardon, mille fois pardon, mais mieux vaut tard que jamais.

 

P.S: Il aurait aussi dû mettre systématiquement du féminin, celui-celle, il-elle… Mais bon ça rend la lecture un peu malaisée… Quand même.

PPS: Il y a au centre de documentation un petit bouquin qui s’adresse davantage sans doute aux soignants mais il n’est pas interdit aux autres…. Allez – voir… Il est bleu et gris… L’air de rien… Il s’appelle : « Etre là, être avec, les savoirs infirmiers en psychiatrie ». Ca en dit  un bout du travail avec les mots du quotidien.

PPPS: Et oui donc, les ASH, les administratifs, la pharmacie, les ouvriers où qu’ils soient, la cuisine, les magasins, les chauffeurs etc..  ça serait bien aussi, qu’ils nous en parlent de leur travail…

 

 

 

 

 

Une réaction à “Pensée du jour : Ce que parler veut dire

  1. Hélas trois fois hélas ou plutôt encore une nouvelle salve de pardons. Je me suis un peu emmêlé les pinceaux ce qui ne change rien d’ailleurs au propos. Le déficit sémiotique n’est pas étudié par Yves Clot mais par C. Dejours qui a obstinément examiné le travail comme contribuant ou plutôt devant contribuer à ‘expansion du Moi. Pour parler plus simplement le travail doit également enrichir (et pas seulement financièrement) celui qui s’y livre. En conférence il donnait l’exemple du marin dont l’expérience du métier s’ accroît avec temps, la pratique, les échanges avec les collègues, et de petits changements dans la couleur du ciel, les vagues etc vont progressivement lui parler, faire sens et signe. Le déficit sémiotique signe le manque de mots pour rendre compte de et partager cette expérience du travail, en lien avec la domination d’un discours dominant d’ingénierie ou de gestion qui méconnaît le réel du travail. Il l’aborde dans : l’évaluation du travail à l’épreuve du réel, critique des fondements de l’évaluation. 2003

    C’est de plus en plus d’actualité, non ?

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