Ulysse ou la profession de soi(n) (fin)

7. Le chant des sirènes ou les illusions du soin

En chemin, dans ce dédale d’émotions qui m’habite je repense à toutes ces iles que j’ai rencontré. je passe non loin d’une terre peut-être promise mais en approchant j’aperçois des formes dans l’eau. Comme souvent, j’entends les chants prometteurs de paradis du soin où chaque contact soignerait les plaies d’Egypte grâce à la destruction salvatrice d’un service.  Comme Ulysse, j’ai l’envie d’y croire mais je reste solidement attaché au mat de mon bateau, repensant aux propos d’Oury qui nous rappelait que la psychose ne se soignait pas en un trimestre. Je maintiens mon cap envers et contre toutes ces belles voix ou voies qui s’offrent à moi. J’aurai dû faire comme mes compagnons et me boucher les oreilles pour cacher ces chants que je ne saurai entendre! C’est bercé par ces mots doux et utopiques que je reprends calmement mon voyage insensé. C’est ici mon idéal du soin qui est amoché mais pas anéanti. Je poursuis, parfois jusqu’à chavirer, sous le regard étonné de mes collègues.

8. Les Phéaciens ou l’essai de reconnaissance sociale

C’est enfin ici que vous jouez le rôle des Phéaciens, ce peuple à mi-chemin entre  les hommes et les Dieux. Dans cet instant, je tente de vous faire reconnaitre mon vécu, mon identité et ma souffrance liée à ces changements qui ne prennent pas sens en moi. Comme Ulysse reconstruit son identité au travers la reconnaissance sociale, je garderai l’espoir que vous, les Phéaciens, me rameniez à bon port car je serai peut-être entendu, reconnu dans ce que je suis et fais.

J’apprendrai probablement que je n’ai pas été oublié et que m’attend cette douce Pénélope que représente l’institution, cette mère et femme suffisamment bonne pour accueillir, pour m’accueillir. Comme ce jeudi où mon cadre de proximité lève les yeux au ciel en soupirant lorsque je demandais de lire ce texte qui parle de mes ressentis, de mon professionnalisme. Je me suis senti blessé comme si je ne pouvais dire, écrire mes mots au groupe auquel j’appartiens, je sais pertinemment que l’intention de me heurter n’était pas présente et que c’est ce maelström d’affects qui me fragilise tant la perte de sens me ronge. J’aurai aimé entendre dire que la parole est notre outil de travail et que nous pouvons nous permettre d’échanger nos pensées malgré le contexte organisationnel des plus urgents, que derrière des cases à remplir nous entendons la parole et le vécu des soignants, leur désir de prendre soin.

En somme, je persiste à croire, à croire que notre humanité est et sera toujours cette terre arable où peuvent germer les graines du soin psychique. Ca ne sera pas forcément ma terre natale mais peut-être notre terre d’accueil…

Ulysse ou la profession de soi(n) (complet)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.