Lettre ouverte aux personnes pour lesquelles le soin est encore à défendre (témoignage)

On entend souvent dire, en parlant d’un carrefour dangereux : « quand va-t-il être décidé de mettre un panneau de signalisation à cet endroit ? Lorsqu’il y aura eu un mort ? «

 

L’idée pourtant étrange en apparence, d’un parallèle avec un service de pédo- psychiatrie, ne peut s’empêcher d’apparaître dans nos esprits de soignants…

«  Quand arrêtera-t-on de réduire, geler, non- remplacer les postes d’infirmiers éducateurs et autres soignants ?  Lorsque l’enfant qui a, ce jour même agressé avec des ciseaux celui qui se trouvait devant lui, sans défense, atteindra non pas la lèvre mais l’œil de cet autre enfant ? «

Une seconde a suffi, malgré la présence de deux adultes, un regard tourné ailleurs, pour que la pulsion s’échappe…

La seconde d’après a été éprouvante pour le jeune agressé et les soignants.

 

Comment peut-on imaginer le service démuni du personnel accompagnant ces enfants ?

Où allons-nous ? Pas de revendication harangueuse de foule, non, juste une angoisse, une peur énorme de l’avenir promis à la psychiatrie, au soin…

Cet après-midi-là, nous avons dû faire appel au cadre et à l’interne du service.

Nous n’étions pas trop de quatre pour contenir les autres enfants du groupe qui, perméables à l’angoisse, explosaient en tous sens !

 

Cette situation de violence, qui a fait l’objet d’une E. I. P. n’est pourtant pas isolée.

 

Nous sommes bien conscients des injonctions des organismes tels que l’A. R. S. et des sacrifices que cela exige. Cependant, allons-nous pour autant continuer à voir menacée la sécurité des enfants accueillis ?

Nous sommes là pour défendre le soin et les outils qui le façonnent. L’encadrement diminue, certains outils pourtant précieux, comme l’internat, disparaissent, laissant les enfants et leurs familles encore plus démunis.

Nous ne pouvons que le regretter.

 

Cette lettre est un appel pour que le dispositif de soin ait encore du sens et ne soit pas réduit à son minimum viable.

Tentant de n’être pas désespérés mais seulement attristés et inquiets, nous alertons sur le danger des restrictions de personnel et espérons être entendus dans toute l’authenticité et la sincérité de notre démarche.

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Une réaction à “Lettre ouverte aux personnes pour lesquelles le soin est encore à défendre (témoignage)”

  1. merci de continuer de dénoncer encore et malgré tout la gangrène qui ronge soin, soignants, soignés, et que les beaux discours cherchent à recouvrir comme on planque la rouille ou la crasse sous des couches de peinture. Il n’y a pas d’autre voie que celle-là : persister à dire l’inqualifiable, le faire reconnaître, se rassembler, le refuser.

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